Écrit par :
Equipe éditoriale
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Service : Smart Infirmier
Présentation :
Équipe éditoriale de Smart Infirmier
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Les premiers jours en tant qu’infirmier(ère) diplômé(e) sont souvent marqués par un mélange d’enthousiasme, de doutes et d’appréhension. Face à la responsabilité nouvelle des soins, à la gestion simultanée de plusieurs patients, aux transmissions, aux prescriptions médicales et à l’organisation du service, le passage du statut d’étudiant à celui de professionnel peut être déstabilisant.
Cette période d’adaptation, connue sous le nom de « choc de la transition », est une expérience fréquente et reconnue chez les jeunes diplômés. Le contraste entre les stages, réalisés sous supervision, et la réalité de l’exercice autonome peut générer un sentiment d’insécurité ou d’incompétence. Pourtant, ces ressentis sont normaux et font partie intégrante du processus d’apprentissage professionnel.
La difficulté de cette transition est telle qu’une part importante des nouveaux infirmiers choisit de quitter son premier poste au cours de la première année d’exercice, souvent en raison d’un accompagnement insuffisant. Dans cet article, nous essayrons de vous donner des conseils afin de vous aider au mieux dans cette nouvelle étape professionnelle
Avant même d’avoir enfilé leur première tenue professionnelle, de nombreux infirmiers nouvellement diplômés ressentent une anxiété intense à l’idée de prendre leur poste. La peur de faire une erreur, de ne pas être à la hauteur, d’être jugé par les collègues ou de ne pas savoir gérer une situation d’urgence sont des préoccupations que la quasi-totalité des jeunes professionnels partagent.
Il est essentiel de le dire clairement : cette appréhension est normale, universelle, et temporaire.
Elle ne signifie pas que vous avez mal choisi votre voie. Elle ne signifie pas que vous êtes moins compétent(e) que les autres. Elle signifie simplement que vous prenez votre rôle au sérieux, et que vous avez conscience de la responsabilité qui vous incombe envers vos patients.
La littérature en sciences infirmières est formelle sur ce point : la confiance professionnelle ne se construit pas à l’école, elle se construit sur le terrain, avec le temps, et grâce aux expériences accumulées. Les infirmiers qui vous semblent aujourd’hui parfaitement à l’aise ont, eux aussi, vécu ces mêmes doutes en début de carrière.
Quelques rappels utiles pour apaiser cette appréhension :
La perfection n’est pas le but du débutant. L’honnêteté, la curiosité et la bienveillance envers soi-même sont les premières qualités d’un bon soignant.
Alors oui, les premiers jours seront peut-être difficiles. Oui, il y aura des moments de doute. Mais chaque prise de poste est aussi une opportunité : celle de grandir, de découvrir ce que vous êtes capable de faire, et de commencer à construire l’infirmier(ère) que vous souhaitez devenir.
L’une des erreurs les plus fréquentes et les plus lourdes de conséquences chez les jeunes diplômés est de feindre la maîtrise de situations ou de soins qui ne leur sont pas familiers. Cette attitude, souvent motivée par la peur du jugement des pairs, constitue un facteur de risque majeur pour la sécurité des patients.
La recherche en sciences infirmières insiste sur la nécessité de cultiver une posture d’honnêteté professionnelle : signaler ses limites avant d’agir, poser des questions lors des transmissions lorsqu’une information est floue, demander une supervision avant de réaliser un soin inconnu. Cette démarche n’est pas perçue négativement par les équipes expérimentées ; elle est au contraire reconnue comme un indicateur de maturité professionnelle.
Le mentorat est l’un des facteurs les mieux documentés pour une transition réussie vers la pratique professionnelle infirmière. Disposer d’un(e) référent(e) ou tuteur(trice) identifié(e) dès les premiers jours permet au jeune diplômé de bénéficier d’un modèle de pratique, d’un espace de questionnement sécurisé et d’un soutien émotionnel lors des situations difficiles.
L’observation active d’un(e) collègue expérimenté(e), dans sa façon d’organiser ses tournées, de gérer les imprévus, de conduire ses transmissions , constitue une forme d’apprentissage non négligeable, complémentaire à la formation initiale. En général, le nouvel arrivant dispose même d’une période dite d’intégration où il est doublé par un IDE du service afin de connaitre le fonctionnement du service, les soins, pathologies, protocoles… Profitez de cette période pour poser toutes vos questions, doutes, appréhensions…. Et si à la fin de cette période, qui peut durer de quelques jours à trois mois en fonction des services, vous ne vous sentez pas à l’aise, n’hésitez pas à demander à être doublé un peu plus.
La gestion du temps et la priorisation des actes constituent l’une des principales difficultés identifiées par les jeunes infirmiers en début de carrière. La tentation de vouloir tout réaliser parfaitement et dans les délais impartis est une source reconnue d’épuisement professionnel précoce.
Une approche structurée de la priorisation s’impose :
Il est recommandé d’augmenter progressivement sa charge de travail, sans chercher à reproduire dès les premières semaines la cadence d’un(e) professionnel(le) expérimenté(e).
En fonction des services, il y aura ou non des feuilles de transmission avec des informations sur les patients, les soins à faire etc… Mais ce n’est pas toujours le cas et si il existe, il pourrait ne pas vous convenir. Ainsi, nous vous conseillons de vous créer un support écrit personnel lors de la prise de poste, tableau, carnet, fiche de suivi patient. Elle permet de pallier la saturation mémorielle inhérente à la découverte d’un service et de garantir une traçabilité fiable des informations transmises.
À chaque prise de poste, les éléments suivants doivent être consignés :
Concernant la structure des transmissions, la méthode SAED (Situation, Antécédents/contexte, Évaluation, Demande/décision), recommandée par la Haute Autorité de Santé, constitue un cadre de communication structuré, efficace et reconnu pour sécuriser les relèves entre professionnels de santé.
Trois ans d’IFSI vous ont donné des bases solides, mais ils ne pouvaient pas vous préparer à tout. Et c’est une réalité que tout infirmier expérimenté vous confirmera : il y aura toujours un soin, une pathologie, un médicament ou une situation clinique que vous ne connaissez pas encore. Ce n’est ni un échec, ni un manque de compétence. C’est simplement la nature d’un métier en constante évolution, exercé dans des contextes toujours différents.
La bonne posture face à l’inconnu n’est pas de faire semblant de savoir, ni de paniquer. C’est de cultiver le réflexe de la recherche. Quand vous croisez une pathologie rare, un protocole inhabituel, un médicament que vous n’avez jamais posé, prenez le temps de vous documenter après votre prise de poste :
Cette démarche de formation continue informelle est ce qui distingue un infirmier qui stagne d’un infirmier qui progresse. Elle n’est pas une contrainte : elle est le moteur de votre développement professionnel tout au long de votre carrière. Plus vous accumulez de connaissances sur le terrain, plus vous devenez un(e) soignant(e) compétent(e), réactif(ve) et confiant(e).
Ne pas savoir, c’est humain. Ne pas chercher à savoir, c’est le seul vrai manquement professionnel.
C’est probablement la chose dont on parle le moins à l’IFSI, et pourtant c’est l’une des premières choses que vous ressentirez sur le terrain : le manque de confiance en vous. Cette petite voix intérieure qui doute, qui remet en question chaque geste, chaque décision, chaque transmission donnée. Ce sentiment d’être constamment sur le fil, de ne jamais être tout à fait sûr(e) de soi.
Il faut l’entendre clairement : vous n’êtes pas le seul(e). Ce sentiment est partagé par la quasi-totalité des infirmiers en début de carrière, quels que soient leur parcours, leurs notes ou leurs stages. Il ne reflète pas votre niveau réel de compétence. Il reflète simplement le fait que vous êtes en train de vous construire professionnellement.
Le manque de confiance devient problématique uniquement lorsqu’il vous paralyse ou vous pousse à éviter les situations difficiles. En revanche, une dose saine de doute est une qualité soignante : elle vous rend vigilant(e), rigoureux(se), et attentif(ve) à ce que vous faites. Les infirmiers les plus dangereux ne sont pas ceux qui doutent, ce sont ceux qui sont convaincus de tout savoir.
Quelques clés pour travailler sa confiance en soi :
La confiance ne se décrète pas. Elle se construit, soin après soin, poste après poste, jour après jour.
On l’enseigne à chaque cours de soins infirmiers : la qualité de la prise en soin dépend directement de l’état de celui ou celle qui soigne. Et pourtant, dans la réalité du terrain, prendre soin de soi est souvent la dernière chose à laquelle pensent les infirmiers, surtout en début de carrière. C’est une erreur qui peut coûter cher.
Les chiffres sont éloquents : 54 % des infirmiers salariés dans le secteur public se déclarent en situation de burn-out, et 67 % des infirmiers en France déclarent ressentir un épuisement professionnel lié à leur travail. Ces chiffres ne sont pas une fatalité. Ils sont le signe que la prévention doit commencer dès les premières semaines de prise de poste, pas après l’effondrement.
Prendre soin de soi en tant qu’infirmier(ère), c’est agir sur plusieurs dimensions :
Sur le plan physique :
Sur le plan émotionnel :
Sur le plan professionnel :
Soigner les autres en se négligeant soi-même n’est pas du dévouement. C’est une dette que vous payerez tôt ou tard. Prendre soin de vous, c’est aussi prendre soin de vos patients.
Le Conseil national de l’Ordre des infirmiers le rappelle clairement : la prévention et la protection de la santé mentale des infirmiers doivent devenir des obligations, non des mesures périphériques. Mais en attendant que les systèmes changent, vous pouvez, dès aujourd’hui, commencer par vous-même.
Entre le cinquième et le septième mois d’exercice, une phase de désenchantement est fréquemment observée. L’enthousiasme initial se heurte aux contraintes institutionnelles, à la répétitivité de certains soins et à la complexité des situations cliniques. C’est à ce moment précis que le soutien de l’équipe et la qualité de l’encadrement s’avèrent déterminants pour la fidélisation des jeunes professionnels.
Les études le confirment : 47 % des jeunes professionnels de santé expriment une déception liée à des conditions de travail plus difficiles que prévues, évoquant notamment la charge de travail, le manque de reconnaissance et les tensions internes. Cette déception n’est pas un signe de fragilité. Elle est le révélateur d’un idéal confronté à une réalité complexe, et cette confrontation fait partie intégrante de la construction identitaire professionnelle.
Ce qui rend cette phase particulièrement délicate, c’est qu’elle survient souvent au moment où le jeune infirmier pense qu’il devrait justement se sentir plus à l’aise. Les premiers automatismes sont là, les gestes sont plus fluides, et pourtant quelque chose semble moins lumineux. Ce paradoxe est normal : la montée en compétences techniques ne s’accompagne pas toujours, au même rythme, d’un sentiment de sens et d’épanouissement professionnel.
Plusieurs facteurs peuvent amplifier ce désenchantement :
Face à ces ressentis, quelques leviers peuvent aider à traverser cette période :
Le Conseil International des Infirmières le rappelle : la fidélisation des jeunes professionnels ne repose pas uniquement sur les individus, elle est aussi une responsabilité organisationnelle. Mais en attendant que les systèmes évoluent, savoir reconnaître et traverser cette phase avec lucidité est déjà une forme de résilience professionnelle.
Le désenchantement n’est pas la fin de la vocation. C’est souvent le début d’une relation plus mature et plus authentique avec son métier.
C’est une pensée que beaucoup ont, mais que peu osent formuler à voix haute. Pourtant, il est important de le dire : se rendre compte que la profession infirmière ne correspond pas à ce que l’on attendait n’est ni un échec, ni une honte.
Trois ans d’études, des stages, des examens, des efforts considérables… et au bout du chemin, le sentiment que ce n’est pas là où vous devez être. Ce constat peut être douloureux, parfois vécu comme une trahison envers soi-même ou envers ceux qui ont cru en vous. Mais il témoigne avant tout d’une chose : votre honnêteté envers vous-même.
Tous les métiers ne conviennent pas à toutes les personnalités, et ce n’est pas parce que vous avez choisi cette voie à 18 ans qu’elle doit nécessairement être la vôtre pour toujours. La vie professionnelle est faite de remises en question, d’évolutions et parfois de réorientations. Et dans un secteur aussi exigeant que le soin, il vaut mieux reconnaître ses limites et ses aspirations profondes que de s’imposer une carrière dans laquelle on ne s’épanouit pas.
Quelques nuances importantes à garder en tête avant de conclure :
Choisir de partir n’est pas abandonner. C’est parfois la décision la plus courageuse et la plus lucide que l’on puisse prendre pour soi.
Prendre son premier poste en tant qu’infirmier(ère) diplômé(e) d’État, c’est franchir un seuil. Celui qui sépare l’étudiant du professionnel, la théorie de la pratique, le monde protégé de l’IFSI de la réalité vivante du terrain. Ce passage est exigeant, parfois déstabilisant, mais il est aussi profondément formateur.
Ce métier ne se maîtrise pas en quelques semaines. Il se construit, progressivement, patiemment, à travers chaque soin réalisé, chaque erreur surmontée, chaque patient accompagné. Il demande du temps, de la bienveillance envers soi-même, et la capacité à accepter que l’on ne sait pas encore tout, et que c’est parfaitement normal.
Retenez ceci :
Quelle que soit la direction que prendra votre parcours, que vous restiez dans votre premier service, que vous vous spécialisiez, que vous évoluviez vers la formation ou le management, ou même que vous choisissiez une autre voie… Ce que vous vivez aujourd’hui vous façonne. Chaque difficulté traversée est une compétence acquise. Chaque doute dépassé est une confiance gagnée.
Le diplôme vous a donné le droit d’exercer. L’expérience vous donnera les moyens de vous accomplir. Et c’est tout juste le début.
APPEL MÉDICAL. Santé mentale soignant : chiffres clés, témoignages et analyses 2025 [en ligne]. Disponible sur : https://www.appelmedical.com/blog/sante-mentale-des-soignants-en-2025-comprendre-le-mal-etre-pour-mieux-agir
CONSEIL INTERNATIONAL DES INFIRMIÈRES (CII/ICN). Les personnels infirmiers en santé mentale dans le monde [rapport en ligne]. Genève : ICN, 2023. Disponible sur : https://www.icn.ch/sites/default/files/2023-04/ICN_Mental_Health_Workforce_report_FR_web_0.pdf
INFIRMIER DE POCHE. L’entrée dans la profession : le choc de la réalité en soins infirmiers [en ligne]. Mis à jour le 13 décembre 2022. Disponible sur : https://infdepoche.com/choc-realite-soins-infirmiers
ORDRE NATIONAL DES INFIRMIERS (ONI). Position et recommandations du Conseil national de l’Ordre des infirmiers pour la prévention et la promotion de la santé mentale des infirmiers [document en ligne]. Paris : ONI. Disponible sur : https://www.ordre-infirmiers.fr/position-et-recommandations-du-conseil-national-de-l-ordre-des-infirmiers-pour-la-prevention-et-la
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