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La glycémie : comprendre, mesurer et surveiller

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Introduction

Dans un service de soins, la glycémie apparaît souvent comme une valeur isolée sur une feuille de surveillance : 0,65 g/L, 1,42 g/L ou 2,80 g/L. Pourtant, ce chiffre ne prend son sens qu’en lien avec le contexte clinique, l’horaire du prélèvement, le dernier repas, les traitements administrés et l’évolution du patient.

La glycémie correspond à la concentration de glucose dans le sang. Le glucose constitue une source énergétique majeure, notamment pour le cerveau. Sa régulation dépend principalement de l’insuline, qui favorise son utilisation et son stockage, et du glucagon, qui stimule la libération hépatique de glucose.

Pour l’infirmier, la surveillance glycémique ne se limite donc pas à réaliser une ponction digitale. Elle comprend :

  • la préparation et la réalisation correcte du prélèvement ;
  • l’identification des résultats incohérents ou potentiellement erronés ;
  • l’évaluation clinique du patient ;
  • la mise en œuvre du protocole prescrit ;
  • la traçabilité et la transmission des informations.

La mesure de la glycémie

La glycémie veineuse

La glycémie veineuse est réalisée au laboratoire ou sur prélèvement sanguin. Elle constitue la méthode de référence pour le diagnostic du diabète.

En France, le diagnostic repose notamment sur :

Situation Seuil
Glycémie veineuse à jeun normale < 1,10 g/L, soit < 6,1 mmol/L
Hyperglycémie modérée à jeun 1,10 à 1,25 g/L
Diabète à jeun ≥ 1,26 g/L, confirmé sur deux prélèvements
Patient symptomatique Glycémie ≥ 2 g/L à n’importe quel moment

Chez un patient symptomatique, les signes évocateurs associent notamment polyurie, polydipsie, amaigrissement et fatigue. Une glycémie élevée doit alors être interprétée avec l’état clinique et, selon le contexte, avec la recherche de corps cétoniques.

 

Astuce : Pour passer d’une mesure en mmol/l à une mesure en g/l, il faut diviser le résultat par 5,5. Et inversement

La glycémie capillaire

La glycémie capillaire est obtenue par ponction cutanée, généralement au doigt, puis analysée par un lecteur de glycémie. Elle est utilisée pour la surveillance quotidienne et l’adaptation des traitements selon prescription ou protocole.

Elle ne doit pas être confondue avec une mesure diagnostique de laboratoire. Les résultats peuvent varier selon le lecteur, la qualité du prélèvement, l’état cutané, l’hématocrite, la perfusion périphérique ou certaines interférences médicamenteuses

La mesure continue du glucose

Les capteurs de mesure continue évaluent le glucose dans le liquide interstitiel. Ils fournissent une tendance et des flèches d’évolution, mais la valeur obtenue n’est pas strictement équivalente à une glycémie capillaire instantanée. Un décalage peut apparaître lorsque la glycémie varie rapidement.

 

Réaliser correctement une glycémie capillaire

Une technique rigoureuse réduit les résultats faussement élevés ou abaissés.

Préparer le matériel

Vérifier :

  • le lecteur et son état de fonctionnement ;
  • la date de péremption des bandelettes ;
  • la date d’ouverture du flacon lorsque celle-ci est requise ;
  • la compatibilité entre bandelettes et lecteur ;
  • la présence d’un autopiqueur et d’une lancette à usage unique ;
  • le collecteur pour objets piquants et tranchants.

Les bandelettes doivent être conservées conformément aux indications du fabricant, généralement à l’abri de l’humidité, de la chaleur et de la lumière

Préparer le site de ponction

La règle habituelle est :

  1. réaliser une hygiène des mains ;
  2. laver le doigt à l’eau et au savon doux ;
  3. rincer puis sécher soigneusement ;
  4. choisir la face latérale de la pulpe d’un doigt ;
  5. éviter de préférence le pouce, l’index et le centre de la pulpe afin de limiter la douleur et les lésions répétées.

L’alcool, les lingettes désinfectantes et la solution hydroalcoolique peuvent perturber la mesure s’ils ne sont pas complètement évaporés. Ils ne doivent pas être utilisés comme substitut au lavage lorsque celui-ci est possible.

Prélever et mesurer

Le doigt est ponctionné avec une lancette adaptée à l’épaisseur cutanée. La goutte doit être suffisamment abondante pour remplir correctement la bandelette. Une pression excessive ou répétée peut diluer l’échantillon avec du liquide interstitiel.

Après le prélèvement :

  • éliminer immédiatement la lancette dans le collecteur adapté ;
  • comprimer le point de ponction ;
  • désinfecter le lecteur selon le protocole de l’établissement ;
  • tracer la valeur, l’heure et le type de mesure.

En cas de message d’erreur, de goutte insuffisante ou de résultat discordant avec l’état clinique, il faut reprendre la mesure après avoir vérifié la bandelette, le site de ponction et le fonctionnement du lecteur.

Interpréter une glycémie : le contexte avant le chiffre

Une même valeur peut avoir des significations différentes selon l’horaire et la situation.

Lors de l’interprétation, relever :

  • la glycémie est-elle à jeun, préprandiale, postprandiale ou au coucher ?
  • quand le patient a-t-il mangé ?
  • une insuline ou un traitement hypoglycémiant a-t-il été administré ?
  • la prise alimentaire est-elle complète ?
  • existe-t-il une infection, une douleur, un stress aigu, une corticothérapie ou une déshydratation ?
  • le patient présente-t-il des signes d’hypoglycémie ou d’hyperglycémie ?
  • la valeur est-elle cohérente avec les mesures précédentes ?

La surveillance doit être renforcée lors d’une maladie intercurrente, d’une modification de traitement, d’une corticothérapie, d’une alimentation réduite ou d’une insulinothérapie intraveineuse

L’hypoglycémie

Définition

Une glycémie inférieure à 0,70 g/L, soit 3,9 mmol/L, est généralement considérée comme une hypoglycémie nécessitant une prise en compte clinique. Les symptômes peuvent apparaître à des seuils variables selon l’équilibre habituel du patient.

Les signes possibles comprennent :

  • sueurs, pâleur, tremblements ;
  • faim brutale, nausées ;
  • palpitations, anxiété, irritabilité ;
  • troubles de la concentration ou du comportement ;
  • troubles visuels, somnolence ;
  • convulsions ou coma dans les formes sévères.

Chez certaines personnes, notamment en cas de diabète ancien, de neuropathie autonome ou d’hypoglycémies répétées, les signes d’alerte peuvent être atténués ou absents.

Conduite infirmière

La conduite dépend de l’état de conscience et du protocole institutionnel.

– Patient conscient et capable d’avaler

Le protocole prévoit habituellement l’administration rapide d’une quantité définie de glucides, souvent 15 g, puis un contrôle environ 15 minutes plus tard. La correction peut être répétée si l’hypoglycémie persiste.

Il faut rechercher la cause :

  • repas retardé ou insuffisant ;
  • dose d’insuline excessive ;
  • activité physique inhabituelle ;
  • insuffisance rénale ou hépatique ;
  • alcool ;
  • erreur de médicament ou d’horaire.

– Patient présentant un trouble de conscience

Ne rien administrer par voie orale en raison du risque de fausse route. La prise en charge repose sur le protocole médical de l’unité, avec évaluation des fonctions vitales, traitement prescrit par voie adaptée et surveillance rapprochée.

L’hyperglycémie

L’hyperglycémie peut être asymptomatique ou se manifester par :

  • polydipsie ;
  • polyurie ;
  • fatigue ;
  • vision trouble ;
  • déshydratation ;
  • amaigrissement dans un contexte d’insulinopénie.

Une glycémie très élevée doit conduire à rechercher une cause intercurrente : infection, corticothérapie, interruption d’insuline, alimentation parentérale ou erreur d’administration. Chez un patient insulinodépendant, la recherche de corps cétoniques est particulièrement importante lorsque l’hyperglycémie s’accompagne de vomissements, douleurs abdominales, polypnée, altération de la conscience ou déshydratation.

L’adaptation des doses d’insuline relève de la prescription, d’un protocole validé ou d’un protocole de coopération formalisé. La HAS a encadré des protocoles permettant, dans certaines organisations, l’interprétation de la glycémie capillaire et l’adaptation des doses par une infirmière formée.

Glycémie et administration d’insuline : points de sécurité

Avant toute administration d’insuline, contrôler :

  • l’identité du patient ;
  • la prescription et le type d’insuline ;
  • la dose, l’unité et la voie ;
  • l’horaire d’administration ;
  • la glycémie correspondante ;
  • la prise alimentaire prévue ou réalisée ;
  • la compatibilité entre insuline prescrite et dispositif utilisé.

Un patient qui ne mange pas, vomit ou présente une modification importante de son état clinique nécessite une réévaluation selon la prescription et le protocole. La dose d’insuline ne doit pas être déduite automatiquement d’une seule valeur glycémique.

La traçabilité doit comporter la glycémie, l’heure, la dose administrée, le type d’insuline, la prise alimentaire et les événements associés. Une discordance entre la valeur et l’état clinique doit être considérée comme un signal d’alerte.

Situations pouvant fausser la glycémie capillaire

Les erreurs peuvent être liées au patient, au prélèvement ou au dispositif.

Facteurs préanalytiques

  • doigts souillés par des aliments sucrés ;
  • peau humide ;
  • résidus d’alcool ou de solution hydroalcoolique ;
  • pression excessive du doigt ;
  • goutte trop petite ;
  • mauvaise conservation des bandelettes ;
  • bandelettes périmées.

Facteurs liés au patient

  • mauvaise perfusion périphérique ;
  • déshydratation ;
  • œdèmes importants ;
  • hématocrite très anormal ;
  • hypoxie ;
  • température extrême ;
  • dialyse péritonéale avec icodextrine ou exposition à certains produits contenant du maltose.

Chez un patient dialysé ou recevant des traitements susceptibles d’interférer avec le lecteur, le choix du dispositif doit être vérifié dans la notice et les procédures de l’établissement

La glycosurie : quand le glucose passe dans les urines

En situation habituelle, le glucose filtré par les reins est presque totalement réabsorbé au niveau du tubule proximal. Lorsque la glycémie dépasse le seuil de réabsorption rénale, situé autour de 1,80 g/L, les transporteurs rénaux sont saturés : une partie du glucose reste alors dans l’urine. La bandelette urinaire détecte cette présence : on parle de glycosurie.

La glycosurie peut donc être la conséquence :

  • d’une hyperglycémie importante, notamment lors d’un diabète ;
  • d’un traitement inhibiteur de SGLT2, comme la dapagliflozine ou l’empagliflozine ;
  • d’une diminution anormale du seuil rénal de réabsorption ;
  • plus rarement, d’une glycosurie rénale familiale avec glycémie normale.

Glycémie et glycosurie : deux informations différentes

Paramètre Ce qu’il mesure Principale utilité
Glycémie Glucose dans le sang Diagnostic et surveillance du diabète
Glycosurie Glucose éliminé dans les urines Indice indirect d’hyperglycémie ou d’une fuite rénale
Cétonurie Corps cétoniques urinaires Recherche d’une cétose, notamment en contexte d’insulinopénie

Une glycosurie positive ne permet donc ni de diagnostiquer seule un diabète, ni d’évaluer précisément la glycémie. À l’inverse, une glycémie élevée peut parfois ne pas s’accompagner immédiatement d’une glycosurie, notamment si elle est récente ou inférieure au seuil rénal.

Le diagnostic du diabète repose sur la glycémie veineuse, et non sur la seule recherche de sucre dans les urines.

Réalisation de la glycosurie par bandelette urinaire

La recherche se réalise à l’aide d’une bandelette réactive :

  1. vérifier la date de péremption et les conditions de conservation ;
  2. recueillir les urines dans un récipient propre et sec ;
  3. immerger brièvement la bandelette ;
  4. retirer l’excédent d’urines ;
  5. respecter le délai de lecture indiqué par le fabricant ;
  6. comparer la couleur à l’échelle de référence ;
  7. tracer et transmettre le résultat.

Les conditions techniques doivent être respectées, car une bandelette mal conservée ou lue au mauvais moment peut produire un résultat faussement positif ou négatif.

Comment interpréter une glycosurie positive ?

Une glycosurie positive doit être rapprochée de la glycémie capillaire ou veineuse.

Glycosurie Glycémie Interprétation possible
Positive Élevée Hyperglycémie dépassant le seuil rénal, souvent diabète déséquilibré
Positive Normale Glycosurie rénale, grossesse, traitement par gliflozine ou résultat à contrôler
Négative Élevée Hyperglycémie récente, glycémie inférieure au seuil rénal ou limite de la bandelette
Positive avec cétonurie Élevée ou inconnue Situation potentiellement urgente à évaluer selon le contexte clinique

Chez une personne traitée par inhibiteur de SGLT2, la glycosurie est attendue par mécanisme pharmacologique. Elle ne signifie donc pas nécessairement que le traitement est inefficace.

Glycosurie et grossesse

Une glycosurie peut être observée pendant la grossesse en raison de modifications de la réabsorption tubulaire rénale. Elle n’est pas suffisamment spécifique pour diagnostiquer un diabète gestationnel. En France, la recherche de sucre urinaire fait partie du suivi de grossesse, mais une glycosurie positive doit être complétée, selon le contexte, par une glycémie et éventuellement une hyperglycémie provoquée par voie orale.

Glycosurie et cétonurie : ne pas les confondre

La bandelette urinaire peut rechercher plusieurs paramètres. La glycosurie indique la présence de glucose ; la cétonurie indique la présence de corps cétoniques. Une cétonurie associée à une hyperglycémie, des vomissements, des douleurs abdominales, une polypnée ou une altération de la conscience constitue un signal d’alerte compatible avec une cétose et nécessite l’application immédiate du protocole de prise en charge.

Conclusion

La glycémie est à la fois un résultat biologique, un indicateur clinique et un élément de sécurité médicamenteuse. Pour l’infirmier, la qualité de la prise en charge repose sur une mesure techniquement fiable, une interprétation contextualisée, une réaction adaptée aux signes d’hypo- ou d’hyperglycémie et une traçabilité complète.

Le chiffre ne doit jamais être interprété seul : la valeur, le moment, le traitement, l’alimentation et l’état clinique constituent un ensemble indissociable.

La glycémie capillaire reste l’outil principal de surveillance du glucose sanguin. La glycosurie apporte une information complémentaire, mais indirecte. Elle doit toujours être interprétée avec la glycémie, la cétonurie, les traitements en cours et l’état clinique du patient.

Bibliographie

Haute Autorité de Santé. Avis n° 2017.0090/AC/SA3P du 15 novembre 2017 relatif à l’interprétation des résultats de glycémie capillaire et à l’adaptation des doses d’insuline par une infirmière. Saint-Denis La Plaine : HAS ; 2017. Disponible sur : https://www.has-sante.fr. 

Haute Autorité de Santé. Parcours de soins du patient adulte vivant avec un diabète de type 2 : les points critiques du parcours. Saint-Denis La Plaine : HAS ; 2025. Disponible sur : https://www.has-sante.fr. 

Société Francophone du Diabète. Éducation à l’utilisation pratique et à l’interprétation de la mesure continue du glucose : position d’experts français. Paris : SFD. Disponible sur : https://www.sfdiabete.org. 

OMéDIT Centre-Val de Loire. Surveillance glycémique : prévenir les erreurs médicamenteuses liées aux insulines. Disponible sur : https://www.omedit-centre.fr. 

Société Francophone du Diabète. Surveillance glycémique : recommandations paramédicales. Paris : SFD ; 2017. Disponible sur : https://www.sfdiabete.org.

Société Française d’Endocrinologie. Diagnostic d’un diabète sucré. Paris : SFE. Disponible sur : https://www.sfendocrino.org. 

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